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Je me suis arrêté au milieu de nul part, un endroit onirique, où j’ai pris le temps d’écouter une chanson rauque, d’un khöömei (chant traditionnel) diphonique. Pendant ces quelques heures, j’ai vu virevolter une jeune fille en couleur, au son d’un morin khuur (instrument à cordes), qui dansait pour toujours, le Bie biyelgee (danse populaire traditionnelle).


Je me suis immergé dans un patrimoine, une patrie chamane, dont l’humanité est protégée (UNESCO) et j’ai marché dans les pas de Chinggis (Ghengis Khan en mongol), dans ses steppes, pour découvrir ce que ce Khan nous a laissé.


Dans son legs, des hommes, avec des mouvements de mekh (mouvements traditionnels de lutte), qui pratiquent le bökh (lutte mongole). Aux encouragements de zasuuls (entraineurs), un avraga (titre attribué aux vainqueurs signifiant: Titan) récompensé, costumé de son zodog rose (vêtement traditionnel de lutte), devient aigle (danse des vainqueurs imitant un aigle) et tournoyant comme il se doit, gagnera le respect du Naadam (fête nationale). Il se saoulera le soir venu, de quantités de litres d’un aïrag (alcool) trop fermenté, mais peu importe, cette année, la fierté des neuf tribus mongols sera sienne, il sera champion de lutte des steppes eurasiennes.


A ses côtés, une autre figure masculine, athlète et archer expérimenté au deel (habit traditionnel) couleur marine, tira son épingle du jeu, et étant le plus fort, décochera de son arc une flèche pour remporter les jeux de tirs à Oulan-Bator.


Tous les deux, participeront aux festivités du Naadam, rassemblement d’une descendance glorieuse, et ce sera là, leur façon de valoriser les membres de la communauté nomade.

Leur progéniture prodigue, enfants cavaliers, feront une course d’endurance sur leurs montures trapues. Ils prieront Giinjo (Dieu des chevaux) avant de s’élancer parfois sans étriers, dans une traversée des steppes. Les gagnants émérites, se feront courser par des spectateurs à la recherche de la sueur des chevaux vainqueurs.


Je contemplerai plus tard devant moi, ces enfants intrépides, qui jouent à courir derrière des moutons laineux et entre des gers éparpillés, je verrai leurs étalons couleur de liberté. J’irai tout à l’heure, chevaucher à tout allure, un de ceux à la crinière taillée, et il m’emmènera trotter sur ses terres infinies. Je saurai enfin moi aussi, devenir jouisseur de vie, nomade des plaines, champion des steppes.


Et puis le soir venu, un chaman devinera mes traits de caractères dans le flux sanguin de mes poignets. Possédé par l’esprit d’un cheval blanc, il dansera et répondra à mes questionnements, et dans le noir de son gers, derrière son masque et son accoutrement, il sera transformé en homme plumé. Je le reverrai le lendemain, lors d’une soirée, et comme si de rien n’était, on dansera tous les 2 cette fois, dans un style de cowboy déchainé, une musique d’une autre contrée, celui du Gangnam au style de Corée.


Je me réveillerai de cet endroit fantastique, et toujours au milieu de nul part, je découvrirai que je n’ai pas vraiment rêver, et qu’au final, moi enfant des cannes, j’ai su assister à la vie des nomades des steppes de Chinggis Khan.