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Il possède ce regard et ces joues grillées par le vent frais, des seigneurs des terres montagneuses. Baroudeur des plaines, dresseur d’oiseaux de proie, un homme sans égo, Mana Daimbek est un voltigeur à cheval, armé d’un Golden Eagle aux serres affutées sur son bras dressé.


C’est l’été dans les montagnes de l’ouest, et avec la fonte des neiges, et le vent chaud, les animaux ne sont plus à chasser. Son repos est alors mérité. Il porte les traces de l’hiver sur son visage et son corps est encore écrasé par des muscles tassés durant ses longues nuits à camper et à lamper un alcool sans goût dans des bouteilles sans noms.

Clope à la main, crapotant une fumée qui ne sait se dissiper, sa présence sans aucun doute, soulignera la timidité de votre prestance. Il est de ceux qui occupent les moindres recoins de l’espace et sans bouger et sans un mot d’anglais, avec quelques gestes et regards enchantés, il s’attardera probablement aussi dans les moindres recoins de vos pensées.


Il sort une dernière fois de son gers (yurt), et en regardant la photo de son père décédé l’année dernière, il se dit que lui aussi sera en octobre un champion des concours de chasse de Bayan-Olgii. Il en va de cet honneur familial, celui qui est à l’origine de tant de “bürtkitshi” (fauconniers) parmi les siens. Alors il s’entraîne, et en trainant son corps fatigué, porte sur son avant bras marqué, son aigle, qui d’un bruissement d’ailes, crèvera le ciel. Les membres déployés, surgissant des nuages, son animal tournoie dans le grand vide de l’immensité des steppes, et en un éclair foudroyant, plonge d’un sommet vertigineux sur un renard agonisant déjà de peur.


Le maitre est fier, et d’un regard complice avec sa bête, transmet un message que seul l’univers comprend, et comme un seul être de chair et de plumes, il mesure ses chances d’être couronné en automne, Seigneur des aigles dorés.