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Dans leur passage, des parfums de voyage sont semés sur la terre des rois, de maharajas d’antan. Ces gitans du Rajasthan, nomades en turban d’un Thar égarant, voyagent de silhouette dorée en silhouette dorée, mirages d’architecture fortifiée, édifices sur des terres brulantes d’une Inde qu’on chante en qawwali.


A la recherche de richesses que seul le désert promet, de récompenses de quête de berger Andalou nommé Santiago, de beautés cachées sur les visages de femmes voilées d’Udaipur, de livre mystique en marathi sur les plaisirs sensuels et charnels, et de reliques intemporelles, ces chercheurs sillonnent le nord de Jaisalmer jusqu’à Agra. En passant par Pushkar, ils accomplissent leur destinés, leurs légendes personnelles comme aurait dit l’autre.

Et après une nuit et puis mille autres, de Jaipur à Jodhpur, en naviguant dans l’ombre de cités aux murs bleus, ces gens du voyage à la peau brulée, racontent aux passants leurs histoires. Celles-là sont récitées comme une poésie, comme une zindagi qu’on chante en urdu, comme un conte de Rabindranath sur fond de sitar, dont les notes s’envolent dans le vent du soir comme une fumée d’encens.


J’ai écouté, et enivré de leurs paroles d’alamkara-sastra, j’ai eu envie de suivre leurs routes, suivre ces parfums dispersés. J'ai eu envie de me sentir comme Burton posant les yeux sur des éléphants bariolés, des serviteurs enturbannés, de palaces décorés de trophées de chasse et photos jaunies de tigres qu’on a tué. J’ai eu envie de voir ces steppes sableuses jusqu’à un horizon plat, de traverser des cités caravanières déchues, d’havelis décorées, demeures de marchands d’épices, de dattes, d’opiums et d’indigo.


J’irai pleuré ma chance, celle d’avoir gouté ces beautés prodigieuses, et tapis dans un oasis aux confins du monde, je disparaitrai sans laisser de trace, sans cénotaphe. Au milieu de quelques brahmanes et de vieux zébus assoiffés, Ravi Shankar à la sitar, jouera mon départ et Kipling écrira que j’ai su voir le soleil se lever sur une terre inconnue, et j’ai su qu’il suffisait d’aller de l’avant pour en prendre possession.