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Un homme sans nom, un Wanniyalaeto (aborigène Sri Lankais), dans sa jungle à lui, me prit les mains et me salua. Dans un langage inconnu, il me lança un mot, qui de ses phalanges aux paumes de mes mains, glissa dans un frisson à travers ma pomme d’Adam, pour me transmettre un drôle de message. Dans une vibrance parfaite, que je ne saurais reconnaitre, une énergie bouleversante attachée à ses salutations, me transperce comme son regard qui pique au fond de mes yeux, et pèse le poids de mon être.


Me voilà étonné, devant la petitesse physiologique d’un membre de la nation Cingalaise devenue immensité métaphysique, représentant d’un berceau de l’humanité, la vraie, celle qu’on a oublié et celle qui disparait. “Oundaye” qu’il me répète et je fais de même en suivant ses gestes.


Dans un éclair, je me rappelle Tagore et ses mots, “Quand les vieilles paroles expirent sur la langue, de nouvelles mélodies jaillissent du coeur; et là où les vieilles pistes sont perdues, une nouvelle contrée se découvre avec ses merveilles.”

Voilà, tout est là, en un mot, un nouvel horizon, une redéfinition de l’aventure et d’un voyage sans but, qui n'était jusque là qu’une mouvance errante.

Les poches pleines de sentences sur le comportement des autres et sur la dérive de la civilisation, mon but sera maintenant de parcourir ces sentiers de l’existence et d'oublier tous ces préjugés. Il me faudra maintenant vivre un voyage avec d’autres tournures, celui de rencontres, de découvertes de cultures qui nourrissent nos diversités. “Oundaye”!


“Suis moi et je te montre le chemin de la jungle, le chemin de chez moi” me lance ce Vedda. “Une fois parcouru, ce sentier tu le connaitras, et il t’appartiendra aussi, chez moi, ce sera chez toi. Et si tu m’emmènes avec toi, alors chez toi sera chez moi. Et ces sentiers qu’on aura créés et parcourus ensemble seront les liens de nos mondes.”


Je l’écoute et en le suivant dans la jungle, on guette les éléphants rageux, les guêpes émeraudes, et les frelons de feu. Comme Robert Knox, je découvre une vie à l’opposé de la mienne, et entre cinghalais et tamouls, la vie de Vedda, isolée dans une solitude qu’on a parqué dans 350 hectares. Animiste, il écoute les plantes et palpe les rochers, il entend la vie, et moi je n’entends rien. Sa hache est suspendue à son épaule nue, son sarong redressé au nombril et les lèvres couleur sang, trop rouges d’avoir mâché du bétel, me parlent de sa vie et celle de ceux qui avant lui ont parcouru les régions de Dambana, premiers habitants de l’ile de Ceylan.


Plus tard, dans son village, près de sa hutte en acacia, recouverte et enduite de chaume, assis autour d’un feu peut être de joie, grave et contemplant les étincelles d’or, lui et son fils aux cheveux de soie, me chantent l’amour, la guerre, la gloire et la mort, comme aux jours illustres du Prince Vijaya.