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Sur les routes du Sud, retour dans une Chine d’antan, où coulent des rivières en ruban de soie vert, et en terrasse, des rizières en échines de dragon. Comme dans un tableau sur parchemin où se mêlent calligraphie à l’encre et proses de poètes disparus, j’ai contemplé une chine sauvage, celle de Du Fu, ou celle qu’on imagine allongé dans un bosquet de bambou, la gorge parfumée d’opium.


Dans cette euphorie du pavot, je glisse sur un radeau à travers ce paysage de relief karstique, et à Yangshuo, je navigue vers le sud sur la rivière Li.

Dans un décor inventé par un Ghibli chinois, d’anciens philosophes barbus vénérés m’apparaissent sur les rives d’un village de pêcheurs. Confucius étonné de me voir là, me guide gentiment vers Lao Tseu qui boit un thé sous un porche d’un cabanon moisis. A ses côtés, Sun Tzu me rappelle qu’ici tout est fait dans la volupté de l’art, et même la guerre me dit il. Et dans ces combats artistiques de la vie, créations intemporelles d’hommes aux yeux bridés, se dessine une chine lointaine, loin des aléas de la vie moderne. Je découvre une beauté d’un autre genre, celle de pêcheurs aux cormorans, naviguant entre pains de sucres flottants sur la beauté du temps.


Et d’une même noblesse, à Longsheng j’ai vu les Zhuang à la tête colorée. En interrompant leur vie quotidienne, j’ai gouté leur routine et je les ai vu planter le riz avec la plante de leurs pieds, dans la boue des pluies déversées sur les sommets de Guangxi. Sur les pans de leurs collines, à l’aube, des nuages insomniaques viennent caresser le dos des terrasses de Longji. Entre deux passages nuageux, la vue dégagée, j’admire le travail des Yuan et des Qing, création de dynasties qui nourrit encore les légendes des routes du sud.