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Dehors le froid et les sabots des rennes claquent. Ces cliquetis osseux qu'on entend, annoncent le retour au bercail du troupeau. Après une longue journée à brouter du lichen marécageux, et avec les pattes enfoncées dans la taïga, ces gentilles bêtes viennent s’assoupir là, pour la nuit autour des tipis, dans leur dortoir à ciel ouvert. Magsar fermé et engoncé dans son “deel” (habit traditionnel), lui, le roi de ses rennes, songe à tous ces changements que les quelques tsaatans (peuple nomade, éleveurs de rennes) des hauts plateaux du Khövsgöl vont être amenés à vivre. Pour la première fois dans le cours silencieux de ces années de solitude nomadique, sa famille se verra observer par des curieux rassemblés devant leur maison. Tous seront bien sidérés par ce spectacle sibérien.


Dans le tipi, le ptit de la famille observe les invités, qui eux scrutent, suspendus à leurs têtes, cette variété de viandes séchées et fromages de rennes enveloppés dans de vieux t-shirts. En-dessous de ces mets raffinés qui se balancent gentiment sur une ficelle intelligemment installée, Urchee prépare sur le foyer, pour ses nouveaux intrigués, un thé décoloré au beurre, où flottent, si vous êtes chanceux, des morceaux de viandes préalablement désossés.


La température se réchauffe, et avec un coup dans le nez, et en évitant de se mettre sur la gueule, l’ambiance aussi grimpe en degré. Alors, de gré, on décide de se parler sans se comprendre, mais on saisit bien tous, la place qu’on prend et qu’on occupe chez l’autre, sur sa terre, sur ses valeurs et surtout sur la valeur de ses terres. Et nous savons d’un côté comme de l’autre, devenir respectueux et responsables de nos faits et gestes, et nous comprenons les gestes qui font la différence. Nous saurons distinguer chez les Tsaatan cette vie merveilleuse, remplie de simples inventions à la survie et d’adaptations humaines ingénieuses, si bien, qu’on ne saurait par où commencer à s’étonner.


Demain, Magsar fera une séance de chamanisme afin de comprendre le futur de la maisonnée, ou alors il ira avec son dernier-né, voir son “Ovoo” (talus de pierre où on honore les divinités) de tissus bleus, dissimulé derrière les collines, pour donner en offrande et recevoir ce qu’il demande.